Module 5.Communication interculturelle : dimensions culturelles européennes et façons de communiquer

3.1.4. La théorie proxémique. Nos différents langages selon Edward Hall

Le chercheur Edward Hall (1976) voulait montrer les différences culturelles au niveau des styles de communication. Ces données nous fournissent un cadre très pratique pour améliorer notre communication internationale et interculturelle.

a. Langage direct - langage indirect / langage explicite - langage implicite

Ces différences sont très marquées entre les individus ; il y a ceux qui veulent tout savoir dans les détails, qui racontent une anecdote par le menu et ceux qui se satisfont d’une description globale et qui en déduisent le reste.

  • Le « langage direct » : En dire beaucoup, donner une information maximum. Le langage direct est celui des règles, des lois, de la technique, des modes d’emploi.

Le « langage indirect » : En dire peu, les autres n’ont qu’à deviner ce qui est censé être connu (type de communication entre ‘amis’).

Le langage indirect est aussi le non verbal, les rites, les règles de politesse…

 

Selon Edward Hall (1976), il y a une préférence culturelle.

 

Explicite

  • Confrontation directe, approche linéaire
  • Parler cru, sans détour
  • Montrer sa réprobation
  • Écrire (conclure un marché)
  • Se parler en face
  • Le rationnel
  • Comportement et appréciation dépendent de la personnalité
  • Les faits sont plus importants que le prestige
  • Terminer vite les conflits
  • Ne pas montrer ses émotions
  • L’agressivité n’est pas civilisée (à éviter donc)

Implicite

  • Harmonie et maintien du prestige : indirect
  • Demander sans demander
  • Rire jaune
  • Parler (parole d’honneur)
  • Communication indirecte par intermédiaires
  • L’émotionnel
  • Comportement et appréciation dépendent du rôle (donc de la situation et du partenaire dans la conversation)
  • L’honneur est plus important que les faits
  •  Éviter les conflits
  • Montrer ses émotions
  • L’agressivité est parfois acceptée (p.e. en cas de ‘vengeance’)

La tendance vers la communication directe ou indirecte influence aussi la préférence pour les messages lents ou rapides et pour les medias correspondants. Chaque culture a une vitesse de communication à laquelle ses membres communiquent plus aisément.

On parle dans cette dimension de la rapidité avec laquelle on peut décoder un certain message et de la vitesse à laquelle on peut réagir par rapport à ce message. Exemples de « messages rapides » : titres des journaux, messages publicitaires, télévision. Exemples de « messages lents » : art, documentaires, relations profondes, poésie, littérature...

Une préférence pour des messages rapides ou lents est une détermination culturelle. Selon Hall, dans une culture avec une préférence pour des messages rapides, les gens vont agir plus rapidement d’une manière confidentielle. En même temps, ils vont favoriser un type de communication plutôt direct et explicite.

b. Contextualité : haute ou basse ?

Il y a un lien entre la communication directe ou indirecte et le niveau de contextualité de la relation. Quand un message échangé contient très peu d’information factuelle, on doit en trouver la signification dans la relation ou dans les caractères des deux partenaires. C’est alors que l’on parle d’une haute contextualité. Selon Hall, des relations mais encore des cultures peuvent aussi être caractérisées par une haute ou par une basse contextualité.

- Exemples typiques de haute contextualité : le Japon, les pays arabes, la Méditerranée. Les réseaux d’information dans ces pays sont très extensifs, en raison d’une forte implication des relations personnelles. Ainsi, tout le monde est au courant du vécu de tout le monde et dans la communication quotidienne il n’est pas nécessaire de donner explicitement plus d’information.

- Exemples typiques de basse contextualité : les Etats-Unis, les pays scandinaves, l’Allemagne. Il y a une distinction forte entre la vie privée et la vie professionnelle, on doit donc donner plus d’explication lors de la communication.

Les différences de haute ou basse contextualité peuvent engendrer des malentendus. Quelqu’un d’une culture de haute contextualité peut considérer l’autre culture comme bavarde, trop minutieuse ou trop directe. Inversement, quelqu’un d’une culture de basse contextualité peut considérer l’autre culture comme suspecte, douteuse (on me cache de l’information) et donc non coopérative.

c. Concept du temps : monochrone ou polychrone ?

Le temps doit être traité comme un langage ; pour communiquer à l’étranger, il est aussi nécessaire de connaître le langage du temps que le langage parlé du pays où on se trouve.
- Certaines personnes considèrent le temps comme une ressource à gérer ; leurs tâches sont décomposées en sous-tâches qui sont traitées une à une selon un plan établi, c’est l’approche monochronique.
- Pour d’autres, il s’agit de gérer leurs différentes obligations dans le temps disponible, et donc de se laisser interrompre autant de fois que nécessaire, de traiter plusieurs priorités à la fois, c’est l’approche polychronique.

Quelqu’un qui a une préférence pour la conceptualisation du temps d’une manière monochrone, veut entamer les choses une par une. Il veut travailler avec des schémas logiques, détaillés et avec une planification bien mesurée. Dans une culture monochrome, le temps est précaire : on peut bien ou mal utiliser son temps, on peut gagner ou perdre du temps. Le concept du temps est linéaire, du présent au futur. Le temps est un outil pour aider à structurer la journée, à mettre des priorités (p. ex. : si l’on a « du temps à consacrer à quelqu’un »).

La conceptualisation polychrone est carrément l’inverse : les tâches sont faites simultanément, au rythme de l’implication qu’on a avec les autres. La relation avec l’autre est plus importante que l’agenda. Le temps, graphiquement parlant, n’est pas une ligne, mais un point.

Monochrone

  • Un par un, pas à pas
  • Lignes et morceaux
  • Bien précaire
  • Programme, argent
  • Pas d’interruptions !
  • Ponctualité importante
  • Systématique

 

Polychrone

  • Activités simultanées
  • Cycle, circulaire
  • Renouvelable, abondance
  • Relation, échange
  • Interruptions
  • Relativiser la ponctualité
  • Patience

Sans doute vous sentez-vous des affinités avec chaque type de temps en fonction de l’humeur du jour, de ce que vous avez à faire, etc.

c.1. La vision du « Passé - Présent – Futur »

Edward Hall (1976) donne aussi des exemples de comment peuvent varier les perceptions au cours des differentes étapes du développement.

-  L’importance est donnée à l’avenir, au futur

En Asie, ce sont les gens âgés qui gèrent, ils sont outrés d’avoir à faire à de jeunes « blancs becs ». Chez les Occidentaux, on donne priorité aux jeunes, ou on les met sur le même niveau, leur donnant de grandes responsabilités.

-  Le temps est cyclique, tout peut se rejouer

Au Moyen-Orient, au-delà d’une semaine, le futur tombe dans l’oubli, il est inutile donc de fixer des rendez-vous au-delà. Le temps est réversible, n’évolue pas. Le changement provoque des réactions parfois violentes.

 - L’importance est donnée à l’instant, par exemple, aux rencontres occasionnelles

Recevoir un courrier peut profondément modifier le programme de la journée, de la semaine, du mois. Dans les pays arabes, le temps est une régularité changeante. Le calendrier est mobile, les dates du Ramadan aussi. Le temps n’est pas un repère absolu. Cela n’empêche pas la structuration, puisque le temps des prières est régulier, ainsi que leur nombre ; mais elles n’ont pas lieu à la même heure.

c. 2. Le temps d’attente - de réalisation - de réaction

- Le temps d’attente

Les idées sur le temps d’attente normal et sur celui qui nécessite des excuses, comme chacun en a l’expérience, peut varier de 5 minutes à une journée et plus.

- Le temps de réalisation

Le temps entre la prise de décision d’une action et sa réalisation varie également.

- Le temps de réaction

En Occident, la réaction à une menace, une offense, une injustice est très rapide, ailleurs elle peut prendre plusieurs mois ou années. Les Occidentaux pensent en général qu’il ne se passe rien quand rien n’arrive ouvertement. Dans beaucoup de cultures les gens réfléchissent longuement avant de se décider, ou ils attendent qu’un consensus s’établisse.

Activité 6 :

Réfléchis à ta propre culture. Selon toi est-elle :
1. plutôt encline au langage directe et explicite ou au langage indirect et implicite ?
2. plutôt de haute ou de basse contextualité ?
3. plutôt monochrone ou polychrone ?

Réfléchis à la culture du pays où tu vas accomplir ta mobilité étudiante., essaie de voir si tu as les éléments de connaissance nécessaires pour répondre aux mêmes questions. Si ce n’est pas le cas, documente-toi pour pouvoir y répondre.
Schématise tes réponses dans ce tableau

 

Langage direct/explicite

Langage indirect/implicite

Basse contextualité

Haute contextualité

Monochrone

Polychrone

Ta culture d’origine

 

 

 

 

 

 

La future culture d’accueil

 

 

 

 

 

 

d. Les distances

Selon Hall (1976), la perception de l’espace est dynamique, parce qu’elle est liée à l’action – à ce qui peut être accompli dans un espace donné – plutôt qu’à ce qui peut être vu dans une contemplation passive. Ces différentes distances ne sont pas toujours faciles à comprendre parce que la plupart des mécanismes liés à la saisie des distances se produisent inconsciemment. C’est ainsi que, par exemple, la perception de la chaleur corporelle d’autrui permettra de marquer la frontière entre espaces intimes et non intimes.
Chez l’homme, les distances selon la « proxémie » de Hall peuvent se classer ainsi :

  • L’intime
  • Le personnel
  • Le social
  • Le public

 

Les ‘mesures’ exactes de chaque type et la place des limites correspondantes varient selon la culture.

 

e. Le langage corporel

Hall (1976) nous rappelle qu’un message est composée par :

  • 7% contenu (mots)
  • 55 % mimiques et gestes
  • 38 % intonation

Le non verbal est donc très important, plus encore dans la communication interculturelle, quand nous manque une langue en commun. Ainsi pour ces fonctions  spécifiques :

  • Former des impressions (donner de la crédibilité, définir et limiter)
  • Donner un sens au niveau affectif

Le non verbal est constitué par des éléments divers :

  • Distance
  • Toucher, contact
  • Mimiques et gestes (ex. mains, visage, yeux,…)
  • Gestes auditifs (ex. le silence)

Le langage corporel fonctionne dans un contexte très large. Il y a des différences culturelles générales. Mais il y a aussi des différences spécifiques selon les organisations : un drapeau national dans le bureau d’une entreprise américaine, la photo du président durant sa visite à l’entreprise... On doit aussi tenir compte du comportement accidentel : quelqu’un qui se sent malade (grippe) ou qui vient d’apprendre une mauvaise nouvelle se comporte différemment que quelqu’un qui est sur le point de partir en vacances.

En tout cas, le langage corporel est beaucoup plus universel que le langage parlé (même s’il n’est pas tout a fait ‘universel’). On a découvert que les émotions de base telles que la colère, la joie, la tristesse, la peur, le dégoût, l’étonnement peuvent être reconnues facilement dans l’expression du visage de gens de différentes cultures. Les mouvements des muscles faciaux dont on se sert en exprimant ces émotions sont héréditaires. On a également pu les observer chez des bébés aveugles ou sourds de naissance. Il est impossible qu’ils les aient appris ou imiter de quelqu’un. Le langage corporel qu’on a acquis tout jeune est très similaire dans plusieurs cultures. Par exemple : indiquer quelque chose avec l’index ou faire un signe de tête : la signification est à peu près la même partout. Cela n’exclue pas qu’on puisse se tromper dans les soi-disant ‘évidences’ quand on veut interpréter le langage corporel de gens d’une autre culture. Si on se trompe dans l’usage de signes corporels, les conséquences peuvent être désastreuses : un clin d’œil pour un Occidental peut indiquer une blague, devant une femme de Somali, on exprime ainsi une avance sexuelle déplacée.

L’interprétation des comportements peut être très différente selon les cultures. Dans certains pays arabes, les hommes se serrent la main au début de chaque rencontre ; mais il est mal vu qu’un homme serre la main d’une femme. Dans plusieurs pays asiatiques on n’a pas l’habitude de se serrer la main. On fait un signe de main sur la poitrine ou on s’incline devant l’autre (plusieurs degrés d’inclination sont possibles). Une salutation très connue en Orient est le Namaste. On montre et on dit en même temps.

Il est compréhensible que des signes conventionnels de différentes cultures aient des significations différentes. Si l’on connaît cette autre signification, on peut en tenir compte pendant la rencontre. Néanmoins, ces différences sont extrêmement difficiles à assimiler, même si on habite sur place : on arrive à apprendre la langue, mais beaucoup plus difficilement l’usage de certains mouvements ou les règles implicites concernant la distance, le toucher, comment se regarder, etc.

Quelques exemples :

  • Se toucher : La distance, la fréquence et la durée régissant les contacts physiques pendant une rencontre, peuvent être très différentes selon les cultures. Dans des pays de l’Europe du Sud et des Balkans, les hommes se touchent beaucoup plus que dans le Nord de l’Europe par exemple.
  • Se regarder: En Europe, le fait d’échanger des regards quand on se parle, tombe sous le sens. Il est difficile d’accorder une crédibilité aux paroles de gens qui ne le font pas. Pourtant, il n’est pas évident de se regarder pendant une conversation dans toutes les cultures. Au Japon, par exemple, on ne se regarde pas dans les yeux, on regarde plutôt à hauteur du cou. Dans beaucoup de cultures orientales, baisser les yeux est signe de respect.

 

En tout cas, il est impossible de connaître tous les signes non-verbaux de chaque culturelle (il en existe environ 70.000 dans le monde !). Donc, ce qui est important pour des étudiants d’échange est quelque chose d’autre. Ils on besoin surtout d’une capacité et une volonté de synchronisation : Se synchroniser, c’est s’adapter à l’autre, au groupe ; faire comme, se montrer semblable, souhaiter la proximité. Imaginez ce que cela donnerait si vous ne vous synchronisiez pas pour danser, faire l’amour, etc.

Activité 7 :

Regarde cette grille et interprète selon ta culture d’origine le sens des gestes qui y figurent. As-tu les connaissances nécessaires pour faire de même pour ta future culture d’accueil ? Si ce n’est pas le cas où pourrais-tu te renseigner (Internet, étudiants étrangers... )

Gestes Sens dans ta culture d’origine Sens dans ta future culture d’accueil

s

 

 

d

 

 

d

 

 

g

 

 

f

 

 

a

 

 

Rends-toi sur le site : http://www.lichaamstaal.com/english/bodylanguage.html?body.html pour y trouver d’autres exemples de la façon dont la communication non verbale diffère selon les cultures. Tu pourras, si tu veux, faire un petit test pour savoir si tu es bien ou mal préparé

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