Module 5.Communication interculturelle : dimensions culturelles européennes et façons de communiquer

3.2. Le choc culturel. Définition, causes et symptômes

Pour en revenir de façon plus précise à la mobilité étudiante, il faut signaler que les premiers modèles basés sur l’étude du choc culturel ne reposèrent pas de façon spécifique sur l’observation des étudiants d’échange, mais se centrèrent, comme ce fut le cas pour les travaux pionniers de Kalvero Oberg (1954), sur l’étude d’immigrants résidant en pays étranger. Toutefois, ces travaux supposèrent un apport fondamental et constituent la base sur laquelle s’édifièrent les futures contributions. De plus, les caractéristiques générales du choc culturel sont foncièrement les mêmes et il importe relativement peu que celui qui en souffre soit un immigrant, un cadre en poste à l’étranger ou un étudiant d’échange. Indiquons cependant que des chercheurs comme Hoff ont introduit le concept spécifique de « choc éducationnel » - education shock - (Tsokaktsidu, 2002 : 18).

Aujourd’hui, le choc culturel est plutôt considéré comme une chance pour le développement personnel et comme une occasion de maturation. Bien sur, le choc culturel se présente comme une confrontation très stressante mais qui aboutit à une plus grande conscience de soi et de sa propre culture. Une conscience plus aigue de sa propre culture signifie que l’on a une meilleure vue sur sa propre identité, la structuration de ses valeurs et son propre modèle de communication. Une meilleure conscience culturelle favorise la prise de conscience du fait que chaque culture possède sa propre cohérence et sa propre logique internes.

Le terme de « choc culturel” fut introduit pour première fois par l’anthropologue Kalvero Oberg en 1954, et se réfère au sentiment d’anxiété provoqué par le fait de se retrouver plongé dans un contexte à la fois étranger et étrange. Selon Oberg :

Culture shock is precipitated by the anxiety that results from losing all our familiar signs and symbols of social intercourse. These signs or cues include the thousand and one ways in which we orient ourselves to the situations of daily life: when to shake hands and what to say when we meet people, when and how to give tips, (…), how to make purchases, when to accept and when to refuse invitations, when to take statements seriously and when not. Now these cues which may be words, gestures, facial expressions, customs, or norms are acquired by all of us in the course of growing up and are as much a part of our culture as the language we speak or the beliefs we accept. All of us depend for our peace of mind and our efficiency on hundreds of these cues, most of which we do not carry on the level of conscious awareness1.

Les experts affirment que toute personne vivant à l’étranger – et quelle que soit la durée de son séjour – subit avec plus ou moins d’intensité les effets du choc culturel. Il semble donc indispensable de le prendre en compte dans le cas des étudiants participant à un programme d’échange et qui vont baigner dans une culture nouvelle pendant un certain laps de temps.

Il existe de nombreux modèles de choc culturel (Oberg, 1954 ; Adler, 1972 ; Bennet, 1993 ; Levine y Adelman, 1993 ; Winkelman, 1994, White, 2007, entre autres) mais, en règle générale, on est en mesure d’affirmer qu’il se compose des quatre phases suivantes décelées par Oberg, et qu’ont reflétées, avec certaines nuances, tous les modèles postérieurs (Soriano, 2007: 76-77) :

a. Lune de miel : Selon les circonstances cette phase peut s’étendre aux premiers jours, aux premières semaines, voire même aux six premiers mois du séjour. Elle se caractérise par un sentiment d’euphorie et de curiosité provoqué par la nouveauté.

b. Crise : Elle se déclenche lorsque l’individu est conscient que certains des aspects qui au début l’avaient conquis, entament à présent sa confiance en lui. Il peut s’agir de la différence de langue, de la façon de se comporter, de l’idéologie surtout. L’individu perçoit que les comportements diffèrent, il se sent en exil et cela peut l’amener à une attitude de rejet envers la culture d’accueil. S’il se montre capable de surmonter cette phase, il bouclera son séjour sinon il y mettra terme. Au cours de cette période, l’individu peut devenir agressif, il se réunit avec des compatriotes et critique nombre d’aspects de la nouvelle culture. Il est fréquent que surgissent alors clichés et stéréotypes.

c. Récupération : Si l’individu surmonte cette crise, approfondit sa connaissance de la langue et élargit le cercle de ses connaissances, il s’ouvrira alors à la nouvelle culture. Certes, toutes les difficultés ne seront pas résolues pour autant, certaines demeureront mais l’individu sera à même de se raisonner et se proposera de trouver le moyen de les vaincre. Dans cette phase il reprendra confiance en lui et sera même capable de plaisanter sur ses propres tribulations. Il sera aussi capable d’empathie avec les autres.

d. Adaptation : Une fois conclues les étapes précédentes, au cours de cette ultime phase, l’individu sera capable de s’exprimer sans difficulté, il acceptera les usages de la nouvelle culture et prendra plaisir à ses propres expériences. Comme le fait remarquer Oberg, ce n’est pas que le milieu ait changé, c’est l’attitude de l’individu envers lui qui l’a fait. C’est alors que l’on peut vraiment parler d’adaptation.

Cortés (2002) a procédé à une typologie des causes à l’origine du choc culturel :

  • Affrontement de cultures internes : à partir du moment où certains aspects valables dans la culture d’origine de l’individu peuvent ne pas l’être dans la culture d’accueil.
  • Échec communicatif : dû au fait que l’on doit s’exprimer dans une nouvelle angue et se familiariser avec un langage non verbal (gestes, mimiques, etc.) tout aussi nouveau.
  • Perte des repères et des codes : à partir du moment où l’individu ne peut interpréter consciemment et de manière automatique, comme il le fait dans sa culture d’origine, ces repères et ces codes.
  • Crise d’identité : elle peut aller jusqu’à faire perdre à la personne la notion d’elle-même. Le fait que la culture d’accueil soit évaluée à partir de la culture d’origine (perçue de plus comme seul modèle valable à suivre) entraîne l’individu à rejeter, voire à incriminer inconsciemment à la culture d’accueil le malaise qui l’habite.

Pour rendre compte de la sensation d’étrangeté ressentie lors d’un choc culturel, on pourrait employer des expressions parlantes comme « se sentir à côté de la plaque » ou « retomber en enfance », car elles illustrent bien le sentiment qui assaille l’individu privé des repères qui l’ont accompagné depuis tout petit et qui se retrouve hors de son « contexte habituel ». En outre, l’obligation de comprendre et de s’exprimer dans une autre langue suppose que ce qui était accompli de façon naturelle chez soi devienne un véritable parcours du combattant dans le nouveau contexte.

Le mélange de situations et d’expériences que l’on vient de signaler s’accompagne aussi des symptômes suivants présentés par Iglesias (2003: 7) qui se base sur le schéma d’Oberg :

  • Tension. Provoquée par le stress qu’engendre le fait de comprendre et de se faire comprendre en contexte culturel étranger.
  • Peur du rejet. La tension s’assortit en outre d’une sensation de doute, de stress, d’anxiété et parfois même d’une sorte de peur à se voir rejeté par la culture d’accueil. De fait, nombre de personnes sont persuadées de ne pas être traitées comme les autres.
  • Désorientation. Les repères, habitudes et valeurs propres à la nouvelle culture sont le plus souvent nouveaux pour l’individu, et peuvent même s’écarter totalement des siens. Ceci entraîne une sorte de désorientation où l’individu ne sait plus très bien comment se comporter. Confusion et anxiété font de nouveau partie du contexte initial.
  • Sensation de perte. Tout manque alors à l’individu : sa culture d’origine, son pays, son environnement familial et affectif. Il se sent exilé au sein d’une culture qui lui est totalement étrangère.
  • Sentiment de surprise. Il résulte des différences existant entre ses attentes et ce dont il fait quotidiennement l’expérience. L’individu éprouve des émotions fortes, le plus souvent négatives (anxiété, indignation, contrariété, etc.)

Selon Winkelman (1994), les réactions de stress répondent à des facteurs d’adaptation tant psychologiques que physiologiques. De plus ces sentiments de stress, anxiété et dépression peuvent s’accompagner de certains problèmes de santé tels que des douleurs diffuses. La psychosomatisation est donc un élément qu’il ne s’agit pas de prendre à la légère. À cet égard, Winkelman (1994: 123) a recueilli sous le terme d’«épuisement cognitif » le phénomène émanant de la tentative d’adaptation de l’individu à une culture autre et exigeant de lui un effort constant. Ceci peut prendre la forme de maux de tête, de crampes d’estomac, ou de fatigue en fin de journée par excès de stress.

Il importe de souligner que toute personne baignant dans une culture nouvelle subit le choc culturel mais, selon les individus et la détermination de chacun à surmonter l’épreuve, les effets peuvent varier en intensité. Il arrive ainsi parfois que l’individu retombe dans des habitudes anciennes dont il avait réussi à se débarrasser, qu’il se remette par exemple à boire ou à fumer. (Bautista, 2004: 100).

Activité 8 :

Lis la lettre de cet étudiant d’échange (basée sur des informations authentiques) et :

  1. Identifie les phases du choc culturel expérimentées par Ahmed , quels en sont les symptomes
  2. Décèle d’éventuelles causes
  3. Est-ce que tu penses qu’il est vraiment en train de s’engager dans une phase nouvelle ?
  4. Imagine la lettre que Ahmed pourrait écrire trois mois après.

Fais un graphique à partir de l’expérience de Ahmed. Quand se setait-it bien, quand se sentait-il mal ? Trace sur l’abscisse (axe horizontal) le temps que Ahmed a passé à l’étranger (semaine par semaine, mois par mois). Puis trace sur l’ordonnée (axe vertical), ses relations avec la culture d’accueil (Quand était-il en phase, en décalage, ...). Fais de même pour ta propre expérience

a 

 Salut mon vieux

Tu te rappelles certainement de ma dernière lettre quand je venais d’arriver... « tout nouveau, tout beau ». J’adorais la nouvelle indépendance que me donnait mon séjour ici, car en Europe les gens se ressentent plus comme individus que comme membres d’un groupe et ça c’était super parce que ça te donne plus de liberté.

Plein de petits détails me semblaient bizarres mais assez formidables, par exemple si on sortait faire la fête, le lendemain on allait presque tous en classe, comme ça je m’amusais mais sans rater mes cours, ou bien il me paraissait plus simple de traiter avec les gens parce qu’ici ils sont plus directs et clairs alors que chez nous, selon les contextes, les protocoles sont plus complexes et il faut les savoir.

Je te disais aussi qu’ici c’était facile de connaître les autres étudiants, mais je commence à déchanter parce que même si on te salue poliment le matin et si on va prendre quelque chose à la cafèt entre les cours, personne ne pense vraiment à s’intéresser à toi, d’ailleurs personne ne t’invite à la maison. Si on se voit en-dehors des cours (c’est pas souvent), c’est dans un bar.... pour aller chez eux, il paraît que c’est excepcionnellement et pour les « grandes occasions (je sais pas trop lesquelles !). Oui, c’est vrai on parle beaucoup mais de tout et de rien... jamais rien de sérieux, par exemple, ça m’a frappé, la religion est presque tabou, ici les gens ne pratiquent pas ou sont athées.  Je le savais mais le constater de près, c’est autre chose !

C’est vrai aussi que sur des sujets aussi importants, je ne suis toujours pas capable de faire de grands débats. Je continue à avoir des problèmes pour m’exprimer et même pour comprendre (figure-toi que même avec les gestes, je ne suis pas toujours certain d’avoir bien compris !!!). De plus, moi qui croyais que mon anglais me servirait toujours de roue de secours, eh bien c’est raté  parce que dans les administrations ici on refuse de l’utiliser et on te parle comme si tu connaissais parfaitement leur langue (ce qui est loin d’être le cas, hélas !). Total, tu comprends rien et tu fais jamais les papiers qu’il faut. Tiens, l’autre jour je voulais un renseignement par téléphone.... une folie, je tombais tout le temps sur un répondeur et je ne comprenais rien aux instructions .... c’est frustant au possible !!

J’avoue que depuis quelque temps j’en ai un peu ras le bol... je fais des efforts mais ça ne marche pas... je crois que ce que j’aimerais c’est prendre mes cliques et mes claques et retouner chez moi. Moi qui avait envie de quitter la famille et bien j’avoue qu’aujourd’hui elle me manque.... oui, mon vieux en fait vous me manquez tous (tu te souviens des fous rires au ciné ?) et je me sens souvent seul et incompris.

D’ailleurs,  je ne vois pas pourquoi je continuerai à faire des efforts, parce qu’en fait ça ne m’avance pas à grand-chose. J’ai invité un type que je trouvais sympa à prendre un café dans mon appart’ pour écouter de la musique de chez nous et il a fallu qu’il réfléchisse mille ans avant de me dire que non. Mes  copains  (il faut le dire vite !) n’ont aucune curisoité pour ma culture alors que moi je n’arrête pas de « m’adapter » à la leur. Tu vas dire que je suis déprimé... mais comment ne pas l’être lorsque tu vois tes soi-disant copains partir chez eux en voiture après les cours et te laisser à l’arrêt du bus sans te demander d’aller avec eux, alors qu’on habite tous dans le même quartier !!! 

S’il te plaît, ne dis rien de tout ça à mes parents... je ne veux pas les inquiéter...  je crois quand même que je vais essayer encore un peu... ça a été difficile de décrocher la bourse et puis dans le fond cette culture m’intéresse et la vie ici a de très bons côtés. Bon, alors le week-end prochain je vais inviter un petit groupe pour mon anniversaire.... voyons ce que ça donnera ! Je te tiens au courant. Ton pote Ahmed « larme à l’oeil » qui dernièrement dort mal et a de la peine à digérer.

P.S. Oui, oui, je sais ce que tu vas penser... je ne me suis pas suffisamment préparé pour mieux comprendre cette culture avant de débarquer... mais t’inquiète pas, il n’est jamais trop tard pour bien faire !!!!

Arrivé à ce point, force est de nuancer certains aspects en rapport avec l’étude du « choc culturel ». En premier lieu, il faut remarquer que toutes les définitions proposées et la description du phénomène lui-même, grèvent le terme de choc culturel de certaines connotations négatives. Le fait que les différents auteurs aient employé des mots ou expressions tels que « anxiété », « insécurité », « désorientation » « sentiment de malaise » ou « facteurs de stress » y contribuent grandement. Il en découle donc, à première vue, que la conclusion qui semble s’imposer, et à laquelle nombre de spécialistes sont en effet arrivés, est que ce phénomène est d’ordre négatif.

Toutefois, et il nous paraît capital de le souligner, il existe aussi de nombreux auteurs qui revendiquent un traitement moins polarisé de ce concept et qui voient dans le choc culturel une expérience des plus enrichissantes pour la formation de l’individu. Il est certes indéniable qu’il s’agit d’une étape délicate et difficile à surmonter mais elle implique un aspect hautement positif pour tous ceux qui en font l’expérience :

Il est important de souligner que tout séjour à l’étranger entraîne l’apprentissage d’une foule de choses positives. La personne qui participe à un programme d’échange démontre, d’entrée de jeu, sa disposition à vivre des expériences nouvelles. Et le choc culturel est une de ces expériences enrichissantes (Hofstede, 2005: 10).

White (2007) en est bien convaincu qui fait remarquer que :

It must be emphasized that while culture shock can be very uncomfortable, there is nothing wrong with it, or with the person experiencing it. It is also quite common for students to have a very positive and rewarding experience, despite having on-going adjustment problems with culture shock. Many would argue that the most rewarding exchanges come only when there is a pronounced experience of culture shock1. (…) [the culture shock] is not a problem to avoid. Instead, it is a necessary discomfort that one must go though to really experience the rich and varied joys of intercultural living3.

Finalement, une fois décrit le phénomène du choc culturel, il est nécessaire de rendre compte des stratégies et des moyens existant pour y faire face. À cet égard, les spécialistes soulignent que, plus que de chercher à « éviter » ce choc, il s’agit plutôt d’en « atténuer » les effets. Pour ce faire, la « préparation préalable » au séjour à l’étranger acquiert une importance singulière (Schnell, 1996; Winkelman, 1994, Bautista, 2004). De la sorte, les étudiants pourront connaître à fond ce qu’est le choc culturels, quels en sont les phases et les symptômes… ainsi, une fois entamé leur séjour, seront-ils à même de l’identifier et de mettre en place les mécanismes nécessaires pour le surmonter et en tirer parti.

Parmi toutes les stratégies destinées à surmonter avec succès le choc culturel, il faut souligner certaines que propose Bautista (2004: 120) :

  • Se documenter sur l’empathie comme stratégie de communication
  • Se documenter sur le choc culturel
  • Parvenir à accepter que toutes les cultures soient différentes
  • Analyser de quelle sorte est sa propre culture, quels en sont les traits et tendances
  • Discerner entre les stéréotypes, les généralisations, et les surgénéralisations
  • Ne pas créer les conditions d’un repli sur soi
  • Ne pas se mettre à part, ni s’enfermer dans des groupes de pairs
  • Tâcher d’en apprendre plus et plus en profondeur sur la culture d’accueil
  • Chercher à connaître les manifestations culturelles de la nouvelle culture
  • Se mettre au courant de qui sont les personnages clés de la nouvelle culture
  • Se familiariser avec les traditions, les fêtes de la nouvelle culture
  • Stimuler sa propre curiosité en regardant des films, des vidéos, des photos de la nouvelle culture
  • Découvrir des facettes de la nouvelle culture : certaines de ses valeurs, croyances et comportements
  • Tenter d’éviter de caractériser et d’évaluer de façon dualiste ce que l’on découvre
  • Tenter d’éviter par l’inclusion toute polarisation et mise en parallèle
  • Se fixer des buts par rapport à la nouvelle culture : Quels sont nos points communs ?
  • Remettre en perspective sa propre culture
  • Faire preuve de respect pour l’Autre même si l’on ne parvient pas encore à le comprendre totalement
  • Elaborer une liste réflexive des différences perçues entre les deux cultures
  • S’essayer à formuler des thèmes qui prennent en compte des connaissances spécifiques contextualisées sur la nouvelle culture, en faisant preuve de flexibilité, tolérance et respect.

 

Activité 9 :

Ne fais pas comme Ahmed, prépare-toi à temps. Dresse une liste concrète de certains aspects de ta future culture d’accueil et creuse les points qui te paraissent a priori plus conflictuels ou plus enrichissants.

Surfe vers http://www.europeana.eu/portal/using-europeana.html. Ce site permet de prendre connaissance de l’héritage culturel européen. L’art est souvent une clef importante pour pénétrer une autre culture. Europeana  te met en contact avec 2 millions d’éléments digitalisés.

  • Images - peintures, dessins, cartes, photos et clichés d’objets exposés dans les musées
  • Manuels, journaux, lettres, journaux intimes et documents d’archives
  • Sons - musique et langue parlée sur cylindres, bandes, disques, ou importées de programmes de radio
  • Vidéos - films, actualités et programmes télévisés

Certains de ces documents sont mondialement connus, d’autres sont des trésors cachés de l’héritage européen conservés dans des

  • musées et galeries
  • archives
  • bibliothèques
  • collections audio-visuelles

Balade-toi un peu parmi tous ces éléments. Que te révèlent-ils sur la culture européenne ?

La conscientisation de la complexité du rapport interculturel est un élément clé de la prévention du choc culturel. Les stratégies ci-dessus mentionnées qui mettent l’accent sur l’idée d’une préparation préalable planifiée et en profondeur, véritable élément constitutif du séjour d’échange, paraissent donc être au cœur de ce que le module se propose. Rappelons en effet que de nombreux experts en communication interculturelle ont pointé l’importance de ce que d’aucuns ont appelé «  pédagogie des échanges », ou « pédagogie internationale », ou « compétence transculturelle », afin de prendre en compte, dans la dimension des échanges universitaires, ce que Martine Abdallah-Pretceille dénonce comme « l’idée fallacieuse que la rencontre suffit à promouvoir l’ouverture et le dialogue ». Selon cette chercheuse, en effet, les préparateurs interculturels devraient travailler à « dépoussiérer les échanges de certains mythes comme ceux de l’entente, de la spontanéité, de la communication authentique, de la sympathie mutuelle, de l’amitié entre les peuples »… clichés aseptisant les rapports et les situant dans une sphère d’irréalité idéale et non dans le quotidien souvent, comme elle le dit, moins enthousiasmant et idyllique (1999 : 98).

Le quotidien est cette zone conflictuelle où rôdent les « malentendus culturels » les plus insidieux lorsque l’individu ne saisit pas ce qui n’est pas explicitement dit ou n’agit pas comme l’interlocuteur attend qu’il le fasse. C’est ainsi qu’en Espagne, il est grossier d’accepter d’emblée une première invitation, car l’on attend de la personne invitée qu’elle décline l’offre par politesse, sous peine d’être considérée comme mal éduquée… de même, un Espagnol considérera du plus mauvais goût qu’on lui pose une question sur le montant de son salaire, tabou qu’un Russe par exemple ne comprendrait pas, cette curiosité lui paraissant parfaitement légitime.

Ces malentendus sont souvent à la racine des préjugés et des stéréotypes dont se nourrit le choc culturel. Au-delà des différences évidentes qu’il est facile de cartographier, entre en jeu tout le réseau subtil des poncifs, des lieux communs bâtis sur l’ignorance ou la médiocre connaissance de la culture de l’Autre. Une éducation à l’altérité se doit de doter l’étudiant d’échange de la connaissance des implicites et des connotations qui lui permettront de prendre conscience de la valeur réductrice sinon totalement fallacieuse des images stéréotypées et de dépasser ainsi la démarche de schématisation et de catégorisation qu’autorise tout stéréotypage (Amossy, Herschberg Pierrot, 1997 :48). La démarche interculturelle, la sensibilisation au choc culturel doivent donc faire que l’étudiant d’échange, limité dans sa capacité de réception par ses préjugés, cesse de refuser à l’Autre l’existence d’une organisation complexe de sa réalité culturelle, le reléguant dans un univers simplifié donc falsifié (M. De Carlo, 1998 :67).

Il s’agit donc de chercher à s’exposer vraiment au beau risque de l’altérité, sans pour autant se diluer dans l’autre. N’oublions pas que les experts ont signalé qu’au choc  culturel correspond ce que l’on a désigné comme re-entry schock, « choc culturel inverse » ou « choc du retour » qui, par excès d’assimilation de la culture d’accueil, risque de mettre l’étudiant d’échange de retour chez lui en porte à faux avec sa propre culture, ce qui serait contraire à l’esprit de notre « action-formation » visant à faire acquérir une sorte de sagesse interculturelle faite d’équilibre entre le Soi et l’Autre (Guatelli-Tedeschi, Le Poder, 2003 : 280). Il est par exemple évident que si l’un des objectifs essentiels du module est de fomenter chez l’étudiant une autosuffisance positive qui lui permette de ne se sentir prisonnier ni des moules de sa culture ni de ceux d’une autre culture de référence, il sera essentiel de ne jamais perdre de vue les différences existant entre, disons, une « culture collectiviste » (la maghrébine par exemple) et une « culture individualiste » (les cultures européennes à différents degrés) et ce, afin de mieux calibrer nos orientations et servir au mieux, et sur le long terme, les intérêts des étudiants d’échange visés par le module .

Activité 10 :

Écoute la chanson de Linda Lemay, « Maudits Français » :

http://video.aol.com/video-detail/lynda-lemay-les-maudits-franais/2794139827

Il s’agit comme tu le vois de stéréotypes et de clichés concernant Québéquois et Français

 

  1. Tente à ton tour de faire de petites phrases sur chacun des préjugés et stéréotypes associés habituellement à ta future culture d’accueil dans ta culture d’origine. Fais de même sur ce que tu penses être les préjugés et stéréotypes sur ta culture d’origine dans ta future culture d’accueil.
  2. Ton voyage de mobilité étudiante va te permettre de vérifier la véracité ou non de ces préjugés  et stéréotypes. Garde cette liste et à la fin de ton séjour vérifie/modifie chacune de ces phrases.

Visionne ce film sur You-tube : Kevin nous raconte son expérience des stéréotypes. C’est une diatribe tout à la fois drôle et optimiste sur les stérétypes : puisqu’au quotidien les stéréotypes me posent un problème, eh bien j’ai décidé d’en parler.ouvertement.
http://www.youtube.com/watch?v=nbZ9zJ22WfQ
Comme nous le montre Kevin, l’humour peut être une excellente façon d’affronter les stéréotypes. Cherche le site http://www.gr8jokes.com/list_jokes.php?cat=110 pour y trouver des exemples de blagues faites par des Européens. Mais attention, l’humour est toujours un sujet sensible et tu dois faire en sorte de ne jamais aller trop loin en passant de la blague à l’insulte.

1 « Le choc culturel est déclenché par l’anxiété provoquée par la perte de tous nos repères et symboles familiers dans l'interaction sociale. Ceux-ci se composent des multiples façons que nous avons de nous orienter dans la sphère des contacts quotidiens : quand serrer la main et quoi dire lors d’une rencontre, quand et comment donner des pourboires, (…) comment faire des courses, quand accepter ou refuser les invitations, quand prendre ou non les gens au sérieux. Ces repères et symboles qui peuvent être des mots, des gestes, des mimiques, des coutumes ou des normes, sont acquis par chacun en grandissant et sont partie intégrante de notre culture au même titre que notre langue ou les croyances que nous faisons nôtres. Notre tranquillité d’esprit et notre efficacité dépendent de ces centaines de références dont, pour la plupart, nous ne sommes pas conscients.» (Notre traduction)

2 Il faut insister sur le fait que pour incommode que puisse être le choc culturel, rien de mauvais ne lui est attaché ou à la personne qui le subit. Il arrive aussi souvent que la plupart des étudiants, en dépit de l’expérience qu’ils en ont eue et des difficultés d’adaptation en découlant, gardent la sensation d’avoir vécu quelque chose de gratifiant et de positif. Certains pourront même affirmer que les échanges les plus profitables ne se produisent qu’en cas de choc culturel fortement ressenti. (Notre traduction).

3 Il ne s’agit pas de chercher à éviter le choc culturel. Il s’agit bien au contraire d’un malaise nécessaire qu’il faut surmonter pour savourer pleinement les riches et multiples plaisirs de toute expérience interculturelle. (Notre traduction).

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