Module I. Notre histoire partagee: La presence du Maghreb en Europe et la presence Europeenne au Maghreb

2.2.1.1. Culture

Pendant tout le XIXe et une partie du XXe siècle, la communauté italienne de Tunisie exprime une culture de service, c'est-à-dire qu'elle se soucie de fonder des écoles, des associations culturelles, un hôpital; de moderniser les structures économiques et industrielles du pays; d'organiser un service postal entre Tunisie et Italie ; de divulguer des idéaux de progrès social. Dans cette phase où elle est surtout concentrée sur la création d'un réseau d'activités économiques diversifiées et de structures de support, la communauté italienne ne trouve pas le temps de s'occuper d'activités artistiques ou littéraires, qui sont presque nulles.

Dès la moitié du XIX siècle, on remarque par contre une grande vivacité dans la presse qui exprime prioritairement des intérêts politiques et économiques. Par ailleurs, le groupe des exilés politiques, peu important d'un point de vue numérique mais plutôt influent, marque toute la communauté de son caractère spécifique. Tous les membres de cette communauté se conforment en effet aux idéaux d'égalité, de progrès social, de liberté, d'état de droit. Et ce sont ces idéaux qui sont à la base de la « culture de service » ainsi que de la vivacité de la presse qui devient le moyen de les diffuser.

Une activité littéraire et artistique se développe à partir des années Vingt du XXe siècle et devient intense jusqu'à la deuxième guerre mondiale. Il s'agit d'une production mineure, peu connue hors des frontières du pays. La communauté italienne ne produit pas de personnalités de relief telles qu'un Albert Camus ou un Giuseppe Ungaretti. Ceci ne signifie pas que les écrivains et les artistes italiens de Tunisie ne s'expriment pas avec sensibilité et profondeur, ou qu'ils ne jouent pas un rôle important dans la diffusion des nouvelles tendances culturelles européennes. Ils sont tout simplement liés à la terre et à la culture qui les a produits et, à l'exception de quelques peintres célèbres sur le plan international, ils sortent difficilement des limites parfois restreintes de leur terroir.

Les conditions historiques où cette communauté a évolué ne lui ont pas permis de développer à fond son potentiel. D'une part, sa conformation sociale - une bourgeoisie cultivée mais numériquement de beaucoup inférieure à la main d'œuvre en grande partie illettrée - représente un obstacle évident à la naissance et au développement d'une culture de grande envergure. D'autre part, le conflit continu, plus ou moins latent, avec les Français, leur influence déterminée par le rôle qu'ils jouent dans le pays, parfois considérée comme un voisinage encombrant ou même envahissant, l'attrait de leur civilisation, obligent les Italiens à concentrer leurs énergies sur des structures (comme l'école) qui garantissent le maintien et le renforcement de leurs spécificités culturelles. Cette attitude de repli sur soi, qui est évidente surtout pendant le fascisme quand les contrastes avec les Français prennent des formes virulentes, met un frein à l'évolution intellectuelle du groupe. A ces deux facteurs, il faut ajouter l'expulsion de beaucoup d'intellectuels à la fin de la II guerre mondiale, qui a en quelque sorte décapité la communauté.

 

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