Module I. Notre histoire partagee: La presence du Maghreb en Europe et la presence Europeenne au Maghreb

3.5. Agora Méditerranéen

 

Image 28. Logo des accords de partenariat euro-méditerranéens, ec.europa.eu/external_relations/euromed

Image 29. Photo 6eme réunion, Naples, ec.europa.eu/external_relations/euromed

Le Maghreb et l’Europe habitent l’espace commun de commun de la Méditerranée. Les accords de Barcelone de 1995 envisageaient une intégration économique renforcée par le partage de principes et valeurs vers le but commun du développement. Treize ans après leur naissance, ces accords révèlent, encore une fois, la prédominance d’une vision eurocentrique.
Parallèlement aux tentatives des institutions, une autre manière d’intégration, réelle et performative,  s’accomplit, dictée par la mobilité et la migration, et fabriquée, bout à bout, par les individus, les intellectuels, les artistes.

Le choc de civilisations trouve dans la Méditerranée l’un de ses théâtres les plus dramatiques. Le débat entre intellectuels sur la compatibilité entre les différents modèles culturels qui se partagent l’espace méditerranéen devient de plus en plus polémique, tandis que la politique n’hésite pas à avoir recours à la guerre.
Le pouvoir hégémonique se veut défenseur de l’homogénéité culturelle et religieuse : même à l’époque de Rome, l’empire était prés à accueillir n’importe quelle foi à condition qu’elle ne soit pas contraire aux valeurs dominantes et ne défie pas le pouvoir. Ce qui n’empêchait pas la christianisation de l’empire.
La Méditerranée a produit, propagé et gardé les trois religions basés sur des textes écrits qui ont pénétrés dans la mer interne toujours selon l’orientation « de l’Orient à l’Occident »: la règle a été la pluralité et pas l’unité religieuse. Tout le contraire du prétendu intégrisme.
La Méditerranée, alors, n’est pas une région d’unité mais plutôt une région de rencontre.

Scipione Guarracino, Mediterraneo, immagini, storie e teorie da Omero a Braudel, Bruno Mondadori, Milan 2007

 

L’histoire des relations entre l’hébraïsme, la chrétienté et l’islam ne manque pas de crises et de guerres. L’interprétation historique bascule entre la thèse du « long conflit » (Andrew Wheatcroft, Infidels: A history of the conflict between christendom and islam, Random House Trade Paperbacks, London 2003) et la thèse « du malentendu » (Franco Cardini, Europa e islam, storia di un malinteso, Laterza, Roma-Bari 1999)
 
Vie et mort des accords de Barcelone

En novembre 1995, vingt-sept pays de l’Europe et des rivages orientaux et méridionaux de la Méditerranée ont approuvé une déclaration appelant à l’établissement d’un partenariat euro-méditerranéen. Les trois buts étaient le renforcement du dialogue politique sur une base régulière, le développement de la coopération économique et financière et une meilleure valorisation de la dimension sociale, culturelle et humaine.
De nouveau, il s’agissait du mythe toujours présent d’une paix définitive basée sur l’association de l’Orient et de l’Occident. Michel Chevalier a élaboré pour la première fois à l’époque moderne un Système de la Méditerranée, juste à la veille du percement de l’isthme de Suez.

« Deux objectifs principaux interdépendants et complémentaires ont été assignés aux accords d’association : la construction globale de la zone de libre échange méditerranéenne (avec pour date cible 2010) et la prise en compte des spécificités propres à chaque pays, l’accent étant mis sur l’accroissement de la productivité, la restructuration économique, les reformes institutionnelles, le développement des infrastructures économiques et la coopération scientifique et technologique (au travers les MEDA : mesures financières d’accompagnement financière et technique) ».
Abdelkader Sid Ahmed, (sous la direction de), Economies du Maghreb : l'impératif de Barcelone, CNRS Editions, Paris 1998

L’achèvement des résultats déclarés comportait l’amélioration des conditions de vie des populations, l’augmentation de l’emploi, la création d’un climat favorable à l’investissement, le renforcement des échanges entre partenaires, la protection de l’environnement, une participation plus pleine des femmes à la vie économique et sociale, l’aide à l’agriculture, la construction d’infrastructures, la recherche scientifique, le renforcement de l’assistance financière de l’UE aux pays partenaires.

Le projet de Barcelone a été mis au point par la Commission européenne avec peu de participation de la part des pays non européens : d’où une priorité absolue à l’aspect commercial sans tenir compte des exigences des pays plus faibles.
Thierry Fabre parle d’une absence de perspective politique (Le partenariat euro- méditerranéen: un processus à refonder, in T.Fabre et P. Saintcassia, sous la direction de, Les défis et les peurs entre Europe et Méditerranée, Actes sud, Arles 2005).
L’accomplissement de ces accords a connu plusieurs obstacles en raison de l’énorme asymétrie qui caractérise les pays concernés. La Fondation Euro-méditerranéenne, installée à Alexandrie avec beaucoup d’espoir sur sa capacité à renouveler une culture commune, perd de jour en jour sa capacité à fixer l’agenda de la politique des nations entre l’Europe, le Moyen Orient et l’Afrique.
L’économie des pays du Maghreb est toujours fort dépendante des échanges avec l’UE : leur commerce extérieur est pour près des 2/3 orienté vers l’Europe, tandis que les échanges intermaghrébins représentent 3 pour cent environ de l’import-export total. En même temps, l’ensemble des pays du Sud de la Méditerranée ne totalise que les 3-4 pour cent des échanges commerciaux entre l’Europe et le reste du monde.
Même la nature des échanges prouve le maintien de la division du travail d’origine coloniale :

« La formation du capital et le maintien du niveau d’activité interne sont quasi totalement conditionnés par les importations de produits agro-alimentaires, de biens d’équipement.
Les tentatives de construction d’économies autonomes et diversifiées postcoloniales n’ont guère changé fondamentalement la nature des rapports et de la division du travail entre les deux rives. Plus que jamais le Maghreb dépend de ses voisins du nord, faute d’une offre diversifiée et des qualifications appropriées ».
Abdelkader Sid Ahmed, (sous la direction de), Economies du Maghreb, cit.
« L’eccezionale verticalità degli scambi con l’UE mette i paesi arabi del mediterraneo in una situazione di dipendenza estrema e nello stesso tempo favorisce una forte concorrenza fra loro per quanto riguarda i prodotti e i servizi che essi vendono sul mercato europeo. E questo rende più difficile un’eventuale cooperazione orizzontale e dunque anche una politica regionale d’integrazione fra i paesi arabi.
I paesi arabi importano dall’unione europea prodotti manifatturieri ad alto valore aggiunto ed esportano principalmente prodotti agricoli e tessili. Nella maggior parte dei casi gli equilibri della bilancia commerciale estera di questi paesi dipendono da due o tre prodotti, le cui fluttuazioni di prezzo sono determinate principalmente dal mercato europeo che non concede alcuna preferenza commerciale ai suoi partners mediterranei».
L’exceptionnelle verticalité des échanges avec l’UE génère une situation de dépendance extrême pour les pays arabes et, en même temps, encourage une forte concurrence entre eux pour ce qui concerne les produits et les services qu’ils vendent sur le marché européen. Ce fait rend plus difficile une éventuelle coopération horizontale et aussi une politique régionale d’intégration entre les pays arabes.
Les pays arabes importent de l’UE des produits manufacturés à haute valeur ajoutée et exportent principalement des produits agricoles et textiles. Dans la majorité des cas les équilibres de la balance commerciale de ces pays dépendent de deux ou trois produits, dont les fluctuations de prix sont déterminées principalement par le marché européen qui ne concède aucune préférence commerciale à ses partenaires méditerranéens.
Ali El Kenz, Tra finzione e realtà, en Franco Cassano et Danilo Zolo (a cura di), L’alternativa mediterranea, Feltrinelli, Milan 2007

Le libre échange, dans des conditions aussi asymétriques, n’arrive pas à engranger de vrais bénéfices pour l’économie maghrébine, spécialement dans le secteur agricole :

« Ce partenariat ne peut cependant se limiter à la seule réduction de la dépendance alimentaire, il doit viser également à maintenir les populations rurales dans les campagnes en améliorant leur conditions de vie et donc, de lutter contre l’accroissement des disparités régionales, sources de l’émigration. Un tel projet parait préférable à un libre échange agricole entre les deux rives qui dresserait les agriculteurs de la rive nord contre ceux du sud. Il s’agirait de former les hommes, de développer les équipements, d’améliorer la gestion de ressources naturelles dont l’eau, de créer un environnement favorable à l’initiative paysanne ».
Abdelkader Sid Ahmed, (sous la direction de), Economies du Maghreb, cit.

Les relations Nord-Sud impliquent d’ailleurs des conditionnalités à respecter par les pays du Maghreb, qui sont obligés de se soumettre à des transformations sociales qui ne sont pas toujours compatibles avec leur identité culturelle et l’équilibre entre les différentes couches de la population.

« Dietro al partenariato si nascondono nuove forme di eurocentrismo perche, aldilà delle trasformazioni economiche previste, si pensa di rimodellare tutte le strutture sociali, comprese le forme di diritto della famiglia, per adattarle alle esigenze della progettata riforma neoliberale ».
Derrière le partenariat se cachent de nouvelles formes d’eurocentrisme car, au-delà des transformations économiques prévues, l’on pense à remodeler toutes les structures sociales, y compris les formes de droit de la famille, pour les adapter aux exigences de la reforme néolibérale projetée.
Danilo Zolo, La questione mediterranea en Franco Cassano et Danilo Zolo (a cura di), L’alternativa mediterranea, cit

Barcelone était conçue comme un dialogue, mais devient de plus en plus une contrainte à sens unique :

« La terza parte della dichiarazione di Barcellona dedicata alla promozione della comprensione fra le culture e degli scambi fra le società civili, si presenta a prima vista come un invito al dialogo fra le diverse culture e religioni mediterranee: un invito egualmente rivolto alle società delle due sponde, oltre che agli stati. Ma in realtà, a guardar bene, è piuttosto un diktat ideologico imposto dall’Europa ai suoi partner arabo-islamici. La condizione preliminare per l’avvio del dialogo è che i paesi dell’altra sponda sottoscrivano una formale adesione alle istituzioni politiche e giuridiche occidentali. Ed è in questa cornice ideologica che essi vengono esortati a contenere la pressione demografica proveniente dal sud, a contrastare l’immigrazione clandestina, a prevenire e combattere il terrorismo: tutti fenomeni che minacciano l’ordine politico e giuridico oltre che quello economico dell’Europa democratica. »
La troisième partie de la déclaration de Barcelone dédiée à la promotion de la compréhension entre cultures et aux échanges entre les sociétés civiles, se présente initialement comme une invitation au dialogue entre les différentes cultures et religions méditerranéennes : une invitation également adressée aux sociétés des deux côtés, ainsi qu’aux états. Mais, en réalité, si l’on analyse plus en profondeur, cette invitation est plutôt un diktat idéologique imposé de l’Europe à ses partenaires arabo-islamiques.
La condition préliminaire pour le démarrage du dialogue est que les pays de l’autre côté souscrivent une formelle adhésion aux institutions politiques et juridiques occidentales. Et dans ce cadre idéologique ils sont exhortés à contenir la pression démographique en provenance du sud, à contraster l’immigration illégale, à prévenir et combattre le terrorisme : tous phénomènes qui menacent l’ordre public, juridique, ainsi que l’ordre économique de l’Europe démocratique.
Ali El Kenz, Tra finzione e realtà, en Franco Cassano et Danilo Zolo (a cura di), L’alternativa mediterranea, cit.

Entre 2003 et 2004, à cause des résultats décevant obtenus par la politique de partenariat, l’UE a changée son orientation, en proposant une « politique de voisinage (PEV) » qui vise à offrir

« à chaque pays voisin l'occasion de choisir sa propre voie. Ceux qui veulent approfondir les relations par le biais de la PEV se voient déjà offrir de nouvelles opportunités ».
http://ec.europa.eu/world/enp/index_fr.htm (site officiel)

Selon cette nouvelle conception la Méditerranée n’est plus vue comme une zone prioritaire des politiques extérieures européennes et devient plutôt une partie, avec par exemple les pays de l’Est de l’Europe, de l’ensemble des pays que l’UE indique comme stratégiques pour sa sécurité et stabilité.
Autrement dit, l’UE revient, avec une décision unilatérale, à son ancienne politique dans la Méditerranée, basée sur des relations bilatérales entre l’Union et chacun des autres pays.

Si la politique de l’Europe face aux pays du Maghreb est dictée par ses intérêts stratégiques, les pays du Maghreb, pour leur part, n’arrivent pas à construire une stable coopération régionale, capable de négocier des solutions alternatives valables.

Agir, communiquer, s’intégrer

Par hasard, par choix ou par nécessité, les hommes et les femmes franchissent les frontières et traversent la mer. Tourisme d’un côté, émigration de l’autre.
Leurs expériences personnelles, inscrites dans la contemporanéité et affectées par les styles de vie qui sont typiques de la globalisation, se révèlent  aussi une expérimentation de nouvelles manières de se mettre en relation. C’est une sélection difficile et consciente de valeurs et références culturelles qui ne prétend pas être universelle mais qui, au contraire, revendique sa spécificité comme une richesse. La multiplicité des relations se présente comme une énorme source de possibles solutions face aux enjeux qui traversent, du nord au sud,

 

 

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