Module III.Arsenaux méditerranéens et commerce entre XVIe et XVIIe siècles : le cas de Venise

2.2. Avant l’Arsenal : les structures les plus anciennes (XIIIe siècle)

Selon les rares sources en notre possession, le premier Arsenal fut édifié, autour du milieu du XIIIe siècle, dans un quadrilatère  de la zone nord de la ville (entre 1220 et 1230).
Le choix de l’emplacement au nord de la ville s’explique en raison de la confluence des eaux des rivières de l’arrière-pays (Piave et Tagliamento) ; on y faisait descendre en aval les troncs d’arbres des bois des montagnes des alentours, qui étaient utilisés pour la construction des embarcations (mélèzes, hêtres, ormes, chênes étaient les essences les plus recherchées, chacune d’entre elles répondant à un usage spécifique).
Les principales activités de l’ancien Arsenal (pour lequel survivent, in loco, seulement le toponyme et de rares témoignages archéologiques) consistaient, à l’origine, plus dans la réparation des embarcations que dans la construction, celle-ci étant le fait de petits chantiers privés (squeri), disséminés en ville, alors que les principales activités de la marine publique se déroulaient encore essentiellement dans la zone de San Marco, lieu reconnu du pouvoir politique.
À cette époque, l’Arsenal avait pour principale fonction d’être un dépôt : on y conservait tout ce qui servait pour l’armement des embarcations de la Commune : bois, métaux et matériaux d’origine végétale pour les cordages et les voiles (futaine, lin, chanvre) ainsi que les machines de guerre.
L’organisation était confiée à une magistrature publique (les Patroni de l’Arsenal) qui dirigeait les activités productives et servait de lien avec les autorités publiques.
La République était déjà dans une phase de grande expansion méditerranéenne. La conquête chrétienne de Constantinople (1204), à la suite de la quatrième croisade, marqua la consolidation politico-économique de Venise dans le Levant. À l’époque, la dotation de navires de la République était encore modeste mais en nette augmentation : ce fut le point de départ d’un mouvement qui donna d’importants résultats pendant au moins trois siècles. La demande/nécessité d’embarcations (marchandes et militaires) soutint le développement du chantier naval qui devint le moteur de l’affirmation internationale de la Sérénissime.

< previus | index | next >