Module III.Arsenaux méditerranéens et commerce entre XVIe et XVIIe siècles : le cas de Venise

2.3. L’Arsenal de la ville marchande  (XIVe siècle)

À la fin du XIIIe siècle, l’expansion de Venise dans la Méditerranée fit remarquablement augmenter les besoins d’embarcations et la production des navires devint plus importante que leur réparation et leur entretien. C’est pour cette raison que les chefs de la République entreprirent d’importants travaux de restructuration de l’Arsenale vecchio (Arsenale/Darsena vecchia) et de construction du nouveau (Arsenale/Darsena nuova) qui fut réalisé grâce à l’acquisition de portions de territoire et de lagune dans des localités proches du premier emplacement.
En 1302, une délibération du Maggior Consiglio, dans une première partie, « interdit l’armement de galères communes dans des lieux différents de l’Arsenal, sauf en cas d’indication explicite de la part du Doge et des Conseillers » et engage les plus hautes autorités de la Commune à mettre en œuvre des actions appropriées pour « pallier les (nombreux défauts) du lieu public préposé aux travaux en question » (E. Concina, in Storia di Venezia, 1991); elle crée une magistrature publique, les Provveditori, députés à la gestion et à la surintendance de la structure. Bien que souvent l’interdit n’ait pas été respecté, cette partie de la délibération, dans le fond, constitue la preuve de l’attention accordée à l’Arsenal. La seconde mesure, la création des Provveditori, renforce la volonté d’étendre le contrôle public à tout le domaine des techniques de domination de la mer.
Aux fonctions d’entrepôt, de dépôt d’armes et de matières premières, de chantier pour les activités saisonnières de réparation, il faudra ajouter bientôt la construction navale qui sera peu à peu au premier rang de toutes les activités.
Les travaux prévus sont les suivants:
• agrandissement et ré-ordonnancement des dépôts d’armes
• construction d’ un édifice pour le travail des cordages (Corderia  della Tana)
• construction de nouvelles granges, à l’extérieur mais à proximité de l’Arsenal, pour l’approvisionnement en denrées alimentaires des navires.
Dans l’ensemble, les transformations et l’agrandissement du chantier naval, bien que ne répondant pas à un plan organique de développement (parce que les remaniements réalisés au cours des siècles furent presque toujours le résultat de sollicitations conjoncturelles) sont davantage caractérisés par des innovations techniques que par une simple augmentation quantitative de fonctions préexistantes.
Désormais pendant les deux siècles suivants, l’activité de l’Arsenal fut employée au soutien du grand commerce maritime international de la République avec la construction du modèle le plus répandu d’embarcation de la tradition méditerranéenne : la galère, sous toutes ses formes (galera sottile et galeazza, navires de guerre ; galera grossa, navire marchand).

Désormais, l’Arsenal fut chargé de compétences bien spécifiques et coordonna aussi d’autres activités importantes :
a) il contrôla la construction de nouveaux phares le long des routes de Stato da Màr ;
b) il devint lieu de production et de stockage d’armes à feu (à la fin du XVe siècle) ;
d) il assura le flux des approvisionnements vers les principaux arsenaux des possessions de Venise ;
e) il promut et organisa le système d’approvisionnement en denrées alimentaires destinées à la marine.
"À la suite des grandes interventions du XIVe siècle, l’Arsenal entre dans l’âge de la primauté méditerranéenne et peut être célébré, avec raison, comme le meilleur Arsenal qui existe au monde " (E. Concina, in Storia di Venezia, 1991, vol. XII, p.151)

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