Module III.Arsenaux méditerranéens et commerce entre XVIe et XVIIe siècles : le cas de Venise

2.5. L’ Arsenal de la guerre continue ( vers 1530-1630)

Depuis le milieu du XVIe siècle, l’hégémonie de Venise en Méditerranée fut remise en question.
À l’est, Soliman le Magnifique réorganisa la marine ottomane et fonda à Istanbul un grand Arsenal grâce auquel l’empire ottoman consolida ses positions, aussi bien dans l’archipel égéen que dans les Balkans, menaçant ainsi les dominations vénitiennes de Chypre, Candie, et la côte dalmate. À l’ouest, la politique de Charles Quint et, encore plus, celle de son successeur Philippe II, entraînèrent l’Espagne dans une politique méditerranéenne qui inquiétait Venise. Ces événements transformèrent une fois de plus l’Arsenal qui devint, pendant presque un siècle, une machine de guerre au service des exigences militaires de l’État : un « système en mesure d’acheter les provinces et les royaumes et de faire passer l’envie à tous ceux qui voudraient d’une façon ou d’une autre troubler la liberté de cet état » (D. Barbaro, I dieci libri di Vitruvio tradotti e commentati, Venezia 1556, p.163).
Dans un tel cadre, les principales restructurations visaient à augmenter l’approvisionnement en armes à feu. Les espaces des armureries furent réorganisés et développés, la poudre à feu trouva un  nouvel emplacement dans un espace marginal à l’intérieur de l’Arsenal, pour minimiser l’impact des accidents, qui étaient relativement nombreux et occasionnaient de graves dommages.
C’est dans ce contexte que se mit en place un contrôle de plus en plus rigoureux des marchés des matières premières fondamentales pour les chantiers. Certaines dispositions (Parti) du Sénat et des hautes magistratures confièrent aux Provveditori de l’Arsenal la charge, stratégique pour un état qui oeuvrait systématiquement à la défense de ses conquêtes territoriales, de maintenir un approvisionnement constant de tous les matériaux nécessaires, notamment du bois.
L’urgence de la tâche à accomplir pousse les autorités de l’Arsenal à intervenir dans la structure économique de la Terre ferme : elle va exercer une activité de monopole sur les ressources territoriales (encore et toujours le bois) et imposer des reconversions productives dans le domaine agricole afin de favoriser la production de chanvre nécessaire aux cordages et aux voiles.
Les résultats furent médiocres, et l’érosion des espaces vénitiens en Méditerranée irréversible. La bataille de Lépante (1571), pendant laquelle s’illustra la flotte de guerre de Venise, eut quelques retombées positives, mais trop brèves, aussi bien pour Venise que pour l’Arsenal. Les difficultés politiques et économiques connurent un moment d’accalmie, pendant quelques décennies, mais se représentèrent de façon dramatique au début du XVIIe siècle. Elles peuvent être synthétisées de la manière suivante, en deux points essentiels:
a) érosion et retard de la puissance méditerranéenne dans la Méditerranée orientale.
b) incapacité de suivre les flux économiques marchands les plus profitables qui s’étaient déplacés de la Méditerranée à l’Atlantique.

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