Module III.Arsenaux méditerranéens et commerce entre XVIe et XVIIe siècles : le cas de Venise

3.2. La construction des navires

Quand l’Arsenal est devenu le lieu privilégié des chantiers navals de Venise, au début du XIVe siècle, l’embarcation la plus typique qui sillonnait les mers durant la saison de la navigation, du printemps à l’automne, était la galère. Il s’agissait d’une embarcation qui s’inspirait de modèles méditerranéens plus anciens. C’était un bateau actionné principalement par l’énergie humaine des rameurs ; elle était dotée d’un mât principal qui arborait, au besoin, la voile triangulaire (voile latine) partout présente en Méditerranée. La galère était employée à des usages commerciaux et militaires.
Les deux principaux types de galère, produits au cours des siècles à l’intérieur de l’Arsenal, étaient celui de la galera sottile, surtout utilisée pour les activités militaires, et celui de la galera grossa pour les activités commerciales. Les bateaux « ronds » dont la cocca méditerranéenne constituait le modèle le plus connu, continuèrent à être fabriqués mais le plus souvent en dehors de l’Arsenal, dans des chantiers appartenant à des particuliers.
Les navires étaient construits dans les nombreux squeri (« ateliers » de montage), présents à l’intérieur de l’Arsenal, selon un système basé, presque jusqu’à la fin, davantage sur les compétences artisanales des maîtres constructeurs (proti) que sur l’application de connaissances mathématiques et scientifiques méthodiques. L’Arsenal s’occupait de la construction des coques, des mâtures mais aussi de l’armement des navires, c’est-à-dire de tout l’équipement nécessaire à la navigation: rames, voiles, cordages, armes blanches, provisions alimentaires, et plus tard, poudre, armes à feu et artillerie.
Au cours des siècles centraux de l’histoire de l’Arsenal, la construction des galères avait bien servi les intérêts et répondu aux objectifs d’une puissance, Venise, qui avait en Méditerranée son domaine d’élection. Mais avec la découverte des routes atlantiques au XVIe siècle, avec le déplacement du centre de gravité des trafics, immédiatement suivi de la nouvelle grande politique maritime des états européens, le maintien de ces modèles (Venise y croyait-elle encore ou bien était-elle incapable de se moderniser) accompagna le déclin de la Sérénissime et de son Arsenal.


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