Module III.Arsenaux méditerranéens et commerce entre XVIe et XVIIe siècles : le cas de Venise

3.3. Les ouvriers

Ce qui frappait l’imagination des visiteurs, c’était le nombre de personnes employées et la grande variété des activités de l’Arsenal. La construction des navires était généralement le fruit d’un travail d’équipe : un certain nombre d’ouvriers agissait sous la direction d’un maître. Cette organisation du travail a contribué à enrichir la vision mythique d’un Arsenal assimilé à une énorme machine au fonctionnement continu et bien coordonné. Ce type de fonctionnement en continu exista probablement pour des laps de temps brefs et dans des circonstances particulières. En effet, s’il est vrai que la qualification professionnelle des artisans était en moyenne élevée, il y eut des moments où les compétences approximatives et le manque de sérieux systématique des ouvriers pesèrent sur l’efficacité de tout l’Arsenal.
Il faut rappeler ici un aspect important des politiques sociales de la République qui durant toute son existence, utilisa l’emploi de main d’oeuvre dans l’Arsenal comme outil de contrôle de la tension sociale dans les moments les plus critiques de son histoire.
En effet, il y avait parfois une grande différence entre le nombre des personnes effectivement employées dans des activités productives et le nombre des salariés enregistrés dans les « rôles », les listes de paiement des salaires : l’emploi, parfois fictif, était utilisé à l’Arsenal par les magistratures de l’État pour donner à une partie de la population la plus pauvre un subside qui permette de limiter les mouvements sociaux en temps de crise.

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